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Bondoukou / La mendicité, une seconde nature des enfants

Récemment, j’ai séjourné à Bondoukou, ville située dans le nord-est de la Côte d’Ivoire, à 500 Km d’Abidjan. La ville est connue pour être imprégnée de la culture islamique. Elle est fortement dominée par des musulmans (ethnie malinké), en plus des koulangos et des sénoufo. Ce qui lui vaut d’être appelée la “Ville aux mille mosquées”.

En effet, à Bondoukou, les mosquées sont disséminées dans tous les coins et recoins. Chaque grande famille a au minimum une mosquée bâtie. On ne tient pas compte ni des règles d’urbanisation, et encore moins de l’environnement. Il n’est pas étonnant de voir deux à trois mosquées co-habitées pratiquement dans le même espace géographique. A l’approche de la prière, chaque fidèle choisit le lieu de culte le plus proche, et c’est une ambiance sonore des plus molestantes qui s’installe. Chaque muezzin donne de la voix pour attirer le maximum de fidèle vers sa mosquée.

En plus de cette “concurrence loyale” que se mènent les mosquées, un autre phénomène bat au coeur de cette belle ville : la mendicité. A Bondoukou, la mendicité est reconnue comme l’activité principale des talibés. Ces élèves coraniques sont issus des “medersas”, l’école traditionnelle basée sur l’enseignement islamique auprès des maîtres, appelés “cheicks”. Ces enfants ont entre 8 et 22 ans. Chaque jeudi soir et dimanche soir, ils prennent d’assaut les différents domiciles des citoyens (musulmans ou non) pour réciter des chants liturgiques – mélange de poèmes arabes et malinkés – dans le but d’avoir un peu d’argent. J’ai suivi ainsi deux jeunes talibés (Sékou Ouattara, 14 ans, et Drissa Sissoko, 15 ans). De leur aveu, chaque soir, ils peuvent engranger la somme de 3 000F, parfois 5 000F. Les plus grosses recettes se réalisent pendant le mois de jeûne, le Ramadan, et le Mahoulid (anniversaire du prophète de l’Islam). Selon ces deux bambins, la mendicité a été introduite à Bondoukou par le biais des premiers talibés venus à la recherche de la science islamique. N’ayant aucune activité rémunératrice, ils étaient obligés de mendier pour avoir leur subsistance. Le phénomène a pris de l’ampleur, à tel point que même les élèves issus du système éducatif national ont été entraînés dans la danse. Par manque d’argent, ils accrochent leur manteau “d’intello” pour se vêtir en mendiant une fois la nuit tombée. Pire, c’est devenu un phénomène de mode. Le talibé, qui refuse de mendier, est automatiquement mis en quarantaine, considéré comme un orgueilleux, qui refuse d’être humble.

Avec une telle mentalité, il sera en tout cas difficile de freiner la mendicité dans la “ville aux mille mosquées”, pourtant patrimoine national de l’Islam en Côte d’Ivoire.

Lama

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