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Abobo / Un matin pas comme les autres

Lundi 18 janvier 2016. 05H30. Abobo, la plus grande commune d’Abidjan. Cette agglomération est dramatiquement appelée “Abobo la guerre”, ou encore “Bagdad City”. Peut-être que ces surnoms sont prémonitoires au désastre que vivent au quotidien les populations de cette cité. Dans le pur hasard, je suis habitant de cette commune.

Comme la plupart des abidjanais, la cherté de la vie nous pousse à nous chercher un abri dans les endroits inhabitables, loin de tout assainissement. Malgré cette misère, le prix des locations continue de grimper à une vitesse vertigineuse. Et comme si la pauvreté ne suffisait pas, l’insécurité bat son plein à Abobo. Tout le monde se rappelle de l’épisode funeste du “commando invisible” pendant la crise post-électorale de 2011.

La crise terminée, un autre phénomène a surgi : les “microbes”. Des enfants dont l’âge varie entre 10 et 23 ans, armés de machettes, gourdins, parfois de pistolets, sous l’effet d’excitants, sèment la terreur au sein des populations. J’ai beaucoup entendu parler de ce gang, mais Dieu merci, je n’en ai jamais vu. En tout cas, pas encore jusqu’au petit matin du lundi 18 janvier. Lundi marque le premier jour de travail. Tout le monde vaque à ses occupations. Dans l’espoir d’apporter sa touche au développement de notre beau pays, la Côte d’Ivoire. Cependant, ce lundi s’est transformé en jour de deuil pour les habitants du quartier “Marley”.

En effet, c’est un quartier dominé par les musulmans, qui se réveillent tôt le matin à 05H pour effectuer la première prière obligatoire de la journée. Tout juste après, les femmes, pour la plupart des vendeuses et commerçantes, se rendent au marché. C’est ce moment qui est choisi par ces petits malfrats pour attaquer les pauvres femmes, qui se battent pour subvenir aux besoins de leurs nombreuses familles. D’habitude, lorsque les “microbes” attaquent, ils dépouillent leurs proies de tous leurs biens, sans toutefois tuer. Mais ce lundi, une dame exaspérée par ces assauts, décide de faire de la résistance. Au fait, ce n’est pas la première fois qu’elle est victime des “microbes”. Elle voulait exprimer son ras-le-bol ce lundi matin. Malheureusement, elle y a laissé sa vie. Le gang de “microbes” composé de 3 garçons, les visages à découverts, n’a pas hésité à poignarder la pauvre dame de plusieurs coups de couteau. Le sang giclait. Dans l’agonie, la dame pose ses deux mains sur son ventre, en entonnant “N’dé, n’dé, n’dé!” (mon bébé ! mon bébé ! mon bébé !) jusqu’à son dernier souffle. Donc elle attendait un enfant. A la vue de cette scène macabre, je dus rebrouser chemin, pour me terrer à la maison. (Fiction)

Lama

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