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Les « gnambros » et nous

L’heure est grave. Le secteur du transport terrestre en Côte d’Ivoire va de mal en pis. Et pour cause ? Le diktat des « gnambros » (jeunes chargeurs) dans les gares routières et sur nos routes. A Abidjan, ce phénomène est devenu une véritable gangrène. La nature a horreur du vide, dit-on. La non régulation du secteur par le ministère des Transports continue de causer de nombreux désagréments, non seulement aux chauffeurs et leurs apprentis, mais aussi aux clients.

En effet, dans les gares routières, les gnambros prélèvent des taxes sauvages dont on ignore l’utilité pour le secteur lui-même, et encore moins pour l’Etat de Côte d’Ivoire. En plus de ça, à chaque arrêt du gbaka (mini-car) ou du wôrô wôrô (taxi intercommunal), le chauffeur doit débourser de l’argent aux gnambros ; la taxe varie de 100F à 600F pour le chargement du véhicule. On ne sait pas exactement à quoi sert ce prélèvement. Et si par malheur l’apprenti refuse de payer, il est battu, parfois il passe de vie à trépas, rien qu’à cause de 100F. Pour rappel, en 2014, un apprenti s’est fait projeter sur la chaussée du goudron par un gnambro, sur la voie express d’Abobo-Zoo. Il a failli y perdre la vie, n’eût été l’intervention rapide des secours.

En outre, les citoyens qui doivent se rendre à l’heure au travail, peuvent passer des heures sur la route, tant que le gnambro ne lui donne pas son visa avant de bouger. Et la situation va de mal en pis. Récemment à Abobo, un homme respectable s’est fait bastonner par un groupe de gnambros pour avoir crié son ras-le-bol face à ces agissements malsains.

Lors d’une conférence de presse à laquelle j’ai pris part, le ministère ivoirien des Transports a avoué son incapacité à mettre de l’ordre dans ce secteur dont l’anarchie remonte dans les années 95, au grand dam du pouvoir. Et encore, la nature ayant horreur du vide, arriva ce qui devait arriver. Nous assistons aujourd’hui à la naissance de groupe d’auto-défense, de bandes organisées, avec des branches armées et des réseaux bien ficelés jusqu’au sommet de l’Etat.

Dans ce secteur, la loi du plus fort est la meilleure. Plusieurs jeunes gens ont ainsi réussi à se faire une place au soleil grâce à la force des biceps, et des fétiches. Oui, dans ce secteur, tous les coups sont permis. Des personnes vont “se laver” au village pour venir régner sur un territoire donné. Autour des bras et des reins, on aperçoit des amulettes, des grigris “anti-balles” et “anti-armes blanches” pour mieux se protéger contre d’éventuelles menaces.

La crise ivoirienne a favorisé la prolifération des armes au sein des populations, plus encore au sein de ce gang. Chaque groupe a une bande armée, prête à intervenir par la force en cas de nécessité. En 2012 à Abobo, une simple opération de déguerpissement à la gare routière a viré en un véritable combat, rappelant le triste souvenir de la “bataille d’Abidjan” au plus fort de la crise. Pour dire que les armes circulent encore au sein de cette mafia. Et cela constitue une menace pour la sécurité nationale.

Par ailleurs, le phénomène des enfants “microbes” aurait des ramifications au sein des gnambros qui constituent, en quelque sorte, leur “parrain”. Une révélation faite par l’imam Diaby Almamy, président de l’Ong Nouvelle Vision contre la Pauvreté, qui lutte pour l’insertion des jeunes délinquants. Comme on le voit, le mal est profond. Il est impératif de s’attaquer aux racines de tous ces phénomènes pour sauver des vies humaines. La Côte d’Ivoire émergente doit se faire avec une population en sécurité.

Lama

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    • Ces gnambros constituent une force de pression sur le pouvoir ivoirien, car ils ont aidé à acquérir le pouvoir pendant la guerre. Le pouvoir leur est redevable. Donc ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent, en toute impunité.