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“Moi, microbe…”

Lundi 09 mai 2016. Abidjan se réveille sous une forte pluie. La journée sera ainsi émaillée de quelques averses. Aux environs de 15h, je mets le cap sur la commune d’Attécoubé, une commune réputée pour être un bastion des enfants « microbes », ces gamins qui agressent et dépouillent les populations à l’aide de couteaux, machettes ou armes blanches. Je vais à la rencontre d’un ex-microbe, que je nomme ici T.K par mesure de sécurité.

Après plus d’une semaine de recherche, mon guide, Tiama Mahamadou, leader de jeunesse, arrive à mettre la main sur un jeune homme qui s’adonnait à cette pratique. Après avoir été mis en confiance, T.K accepte de me raconter sa vie dans ce cercle vicieux. C’est dans un « djassa » (magasin de vente de vêtements) que les échanges se déroulent dans une ambiance surchauffée par la musique. De peur d’attirer des regards.

T.K a les yeux bridés, la coupe de cheveux un peu désordonnée. Il est paré d’un tee-shirt rouge qui lui colle la peau. A 25 ans, il est l’aîné d’une famille de 6 enfants. Aujourd’hui, c’est un jeune homme qui mène correctement sa vie, grâce à une entreprise spécialisée dans les Travaux Publics. Il gagne 3 000 F par jour. Il est à l’abri des besoins. Toute la commune ne croyait pas en sa reconversion, lui qui s’était illustré autrefois par le vol, les attaques à main armée, etc. Au début, en le voyant, certains même n’hésitaient pas à se moquer de lui. D’autres sont allés jusqu’à dire à son patron qu’il avait affaire à un « bandit ». Malgré toutes « ces méchancetés », T.K a continué à travailler de façon assidue, si bien que son patron a placé toute sa confiance en lui. Au bout de d’un an, il a gagné l’estime des autres, puisque visiblement il s’était résolu à tourner la page de cette triste parenthèse. D’ailleurs, des passants lui offrent parfois un pourboire en signe d’encouragement. Marquons une pause. Qu’est-ce qui l’a poussé à se détourner de cette vie de débauche ?

Pour en savoir plus, il faut faire un pas en arrière. En 2005. T.K était encore en classe de 5è au collège Saint Bernard d’Adjamé. Le phénomène « Bôrô d’enjaillement » (escapade sur les autobus) battait son plein. Lui et ses copains s’illustraient toujours de la mauvaise façon ; en classe comme dans la rue. Et les parents n’étaient nullement informés de sa mauvaise conduite, et manquaient de contrôle sur lui. D’ailleurs, il sera renvoyé de l’école. Se retrouvant dans la rue sans contrôle parental, il avait désormais libre cours pour faire ce qu’il voulait. C’est ainsi qu’il forme un « gang » pour agresser et débarrasser les populations de leurs biens, sous l’effet d’un excitant appelée “Roche”, qui le rendait insensible et presque inconscient des actes posés.

Leur mode opératoire ? Par exemple, « on décide de viser un immeuble tout entier. 4 personnes se trouvent en haut et 4 autres en bas. Et nous commençons à dépouiller toutes les familles sans exception », avoue-t-il. Avant de poursuivre : « à cette époque, nous agressions sans arme. Mais c’est après la crise post-électorale de 2011 que nous avons eu des armes entre les mains. Ce qui nous facilitait la tâche ! », s’exclame-t-il. “On avait même un véhicule à notre disposition. Nous embarquions pour Cocody, Marcory, les quartiers riches pour aller braquer les gens”, confesse T.K.

Qu’est-ce qui l’a motivé à arrêter ? C’est en 2012 que tout va se déclencher. Au cours de la chasse aux « microbes », T.K va assister à la mort de plusieurs de ses amis « microbes » tombés sur « le champ d’honneur » en pleine opération. « A un moment, les forces de l’ordre ont entamé une véritable offensive contre nous. Et au fur à mesure, je voyais mes amis s’en aller les uns après les autres. En 2011, j’ai perdu près de 10 amis. Etant dans leur viseur, je me faisais rare dans la rue. Et un jour, j’ai eu l’envie de travailler. J’ai d’abord commencé avec un oncle commerçant, qui détenait une quincaillerie. J’y ai fait plus de 8 mois. Depuis cette expérience, je ne voulais plus m’asseoir sans rien faire. Je ne voulais plus perdurer dans ce que je faisais avant. La rue était comme une maladie pour moi. Mais par la grâce de Dieu, j’ai été retenu dans un projet de réinsertion pour travailler avec des opérateurs de Travaux Publics. Et je gagne bien ma vie aujourd’hui », lance-t-il fièrement.

Occasion pour lui de lancer un appel à tous les jeunes gens qui attaquent sans état d’âme d’honnêtes citoyens. Pour lui, la vie dans la rue est souvent provoquée par les parents qui n’accordent aucun loisir et ne communiquent assez avec leur enfant. Du coup, celui-ci peut se retrouver dans la rue avec des oiseaux de mauvais augure, mais qui comprennent ses besoins. “Depuis mon enfance, je n’avais pas le droit de demander quelque chose à la maison. C’est ce qui m’a poussé vers la rue, à m’éloigner des parents” regrette T.K. « La rue est une maladie. Donc pour ceux qui peuvent, qu’ils arrêtent dès maintenant. Agresser les gens ne fait jamais avancer dans la vie. Même si tu gagnes beaucoup d’argent, ça ne pourra pas te servir. Le bien mal acquis ne profite jamais », exhorte-t-il ses jeunes frères.

Aux autorités, il demande de résoudre la question de l’emploi, car « l’oisiveté est la mère de tous les maux ». « Des jeunes savent exercer des métiers, mais il leur manque la plupart du temps des financements pour faire germer leurs idées et leur savoir-faire », souligne T.K.

Lama

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    • C’est du mimétisme tout simplement. Ils ont copié le modèle d’un film brésilien à propos des enfants de la Favela qui agressaient les populations à l’aide d’armes blanches.