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C’est encore loin… 2020

Depuis son ascension au pouvoir en 2011, après la crise post-électorale, Alassane Ouattara  a promis de faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent, à l’horizon 2020. Nous sommes en 2017. Il reste donc trois ans seulement pour atteindre cette date fatidique, qui sonne le glas du pouvoir Ouattara.

Jetons un regard critique sur les sept années passées. Plusieurs infrastructures ont été construites : le troisième pont Henri Konan Bédié (HBK) qui relie le quartier chic de Cocody et celui deMarcory ; le prolongement de l’autoroute du nord, qui relie Abidjan et Yamoussoukro (la capitale politique), sans compter le lancement de plusieurs chantiers dont l’inauguration est prévue d’ici 2020. Bref, en résumé, l’économie ivoirienne connaît une embellie à faire pâlir les pays voisins.

Cependant, un gros bémol de la gouvernance de Ouattara est le front social. Beaucoup d’ivoiriens ne ressentent pas la croissance dans leur panier, le panier de la ménagère est pauvre en aliments. La vie coûte chère. Ce front social s’est d’ailleurs propagé jusque dans les casernes où les hommes en armes réclament de meilleures conditions de vie et du travail. Pour ces derniers (qui ont entre les mains des moyens dissuasifs), les choses commencent à entrer dans l’ordre…

Récemment plusieurs villes du pays ont été secouées par, dit-on, une mutinerie, ou encore un mouvement d’humeur des militaires qui revendiquent 12 millions de Francs Cfa chacun. Une somme qui leur a été promise au cours de la crise post électorale. Pendant cette semaine d’incertitude, on a assisté à des pillages de petites envergures. Pendant les négociations qui ont suivies, beaucoup d’ivoiriens sont restés cloîtrés à la maison, en entendant les tirs sommaires, qui rappelaient la période sombre du pays. Cet épisode laisse entrevoir deux éléments essentiels.

D’une part, l’humeur des soldats montre encore que le retour de la stabilité en Côte d’Ivoire peine à se faire…  En juin 2015, le chef de l’Etat avait mis fin au programme d’identification des ex-combattants. Certains ont pu intégrer l’armée, tandis que d’autres se sont reconvertis, préférant se tourner vers d’autres métiers. Pour les premiers, il leur manque une véritable formation à la citoyenneté, aux droits de l’Homme, au respect des institutions de la république. Au cours de cette humeur, censée se dérouler uniquement dans les casernes, les soldats ont bloqué l’accès de plusieurs artères des villes. Certains se sont adonnés à des actes de pillages, dépouillant les populations de leurs biens. Cette situation a rappelé aux ivoiriens une période très récente et difficile de son histoire. “On a beau chasser le naturel, il revient toujours au galop” dit-on. Le comportement des soldats mutins laisse à désirer pour des personnes qui entendent revendiquer leurs droits.

D’autre part, cet épisode démontre aussi que l’Etat de la Côte d’Ivoire est pris en otage par les hommes en armes. En effet, pendant la conquête du pouvoir, Alassane Ouattara a sans doute fait des promesses aux soldats sous son ordre. Une fois au pouvoir, ses promesses tardant à venir, les militaires ont décidé de faire usage de la violence pour se faire entendre. Cette mutinerie fait penser à celle de 2014, avec le même contenu. En position de force, les soldats mutins savent désormais qu’ils pourront tout obtenir de l’Etat, même au delà de leur droit. Vu que l’Etat de Côte d’Ivoire est faible face aux militaires, les autres secteurs de l’administration publique commencent à donner de la voix. La fonction publique est paralysée depuis le lundi 9 janvier. La grève a encore été reconduite cette semaine. Pendant ce temps, les citoyens se demandent à quand la fin de ce calvaire. A quand 2020 ? A quand l’émergence de la Côte d’Ivoire ?

 

Lama

 

 

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